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La cuisine est-elle poétique?

Oeuf_SSuraniti

Œuf. Crédit photo : S. Suraniti

Dans le secteur alimentaire, depuis une trentaine d’années au Canada, le mois de mars est décrété mois de la nutrition par l’ordre professionnel des diététistes du Canada.

Mais le mois de mars célèbre également un autre type de nourriture. Spirituelle cette fois. La poésie.

P-O-É-S-I-E.

Wow! Est-ce que cette tournure d’esprit, cette façon d’aborder le monde, ce genre littéraire nous parle encore aujourd’hui? La posture poétique est-elle devenue ringarde, dépassée?

Il souffle un vent de poésie. Je vous l’annonce. Une légère brise. Infime certes, mais tout de même. Je me ré-intéresse à la poésie depuis peu. Grâce en partie à une amie, auteure d’un récent livre de poésie. Son titre (OK, je l’avoue!) m’a interpellé de suite : Jours de grand appétit de Marie Aude Laperrière (éd. Les Herbes rouges).

Couv_Jours de grand appetit_MA Laperriere

Inutile de chercher à tout comprendre, à tout saisir. La poésie est là pour sabrer dans la pensée analytique, logique, formatée. Il suffit de se laisser porter par les mots, par le rythme. De ne plus suivre justement ce rythme qu’on nous (s’)impose. De désobéir. Car la poésie est une forme de désobéissance.

Je vous recommande d’ailleurs de lire (en plus du livre de mon amie) le Document 06 de Nouveau Projet paru fin 2014 : La vie habitable de Véronique Côté. Sur la pertinence et le besoin de poésie. Puis, d’enchaîner sur l’écoute de la capsule audio dédiée à cet essai. Super. Essentiel.

Je me suis alors posée ces (naïves) questions : La cuisine est-elle poétique? Peut-elle être un acte poétique?

Oui. La poésie dans l’assiette. Certains chefs parviennent à hisser leurs assiettes au rang de poésie. Je pense notamment au chef français Michel Bras qui a passé le flambeau à son fils Sébastien. Ses assiettes paysages, comme le fameux Gargouillou créé au début des années 80, sont pure poésie. Les éléments caractéristiques d’un paysage, ses fractures, ses tourments, les saisons. La beauté de la nature, du territoire qui nous entoure et que l’on interprète. Poétique.

Oui. La poésie des casseroles. Je pense aux sons que libèrent les préparations culinaires. Comme dans cet extrait du magnifique film franco-vietnamien L’Odeur de la papaye verte. La cuisine est alors musicalement Poétique.

Oui. La poésie du geste. Je pense à toutes ces gestuelles propres à la cuisine, à la pâtisserie, à la confiserie, à la chocolaterie. Celles de très haut niveau, celles plus quotidiennes. Comme tout ce qui touche la manipulation des pâtes fraîches (le pizzaiolo qui fait tournoyer sa pâte, le va-et-vient d’une bande de pâte fraîche dans un laminoir, le pincement des sacoches – des pâtes traditionnelles québécoises farcies en forme d’aumônière). Poétique.

Pincement des sacoches_SSuraniti

Préparation de sacoches. Crédit photo : S. Suraniti

Oui. La poésie des menus. Bien que l’on soit revenu à plus de simplicité, certains descriptifs de plats, rien qu’à les lire, nous entraîne (déjà) dans une autre dimension. Poétique.

Pour aller plus loin poétiquement parlant…

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