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Le nez, appelez-le Émotion

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Crédit photo : S. Suraniti

Mercredi, des centaines de nez pointaient en direction de l’écran du Théâtre Hall Concordia à Montréal pour la première mondiale du documentaire Le Nez de Kim Nguyen (le réalisateur de Rebelle) dans le cadre du lancement des 17èmes Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM).

Des petits, des courts, des longs, des tarabiscotés, des aquilins, des fourchus, des enrhumés, des crochus, des pointus, turlututu. Le nez. Quel formidable appareil. Gustatif. Émotif. Relié directement à notre cortex (notamment le préfrontal). Déclencheur d’émotions.

C’est principalement cette voie qu’explore le réalisateur québécois à travers la rencontre d’une quinzaine de personnes. Quatre-vingt-quatre minutes où l’on suit des pérégrinations olfactives québécoises (celles de François Chartier dont le livre Papilles et molécules a inspiré le réalisateur), italiennes (un chercheur et un acheteur de truffes), françaises (une équipe d’olfactothérapeutes, le chef Olivier Roellinger et sa quête du goût de chez lui grâce aux vents), arabes (la cueillette du safran et la fabrication de parfums aphrodisiaques par l’un des jeunes cueilleurs), asiatiques, américaines… Un récit documenté avec des scènes d’humour, mais surtout beaucoup de poésie et de tendresse pour tous ces nez, qu’ils soient experts, défricheurs ou simplement nés nez ou l’ayant perdu (l’histoire de Molly Birnbaum, journaliste et auteure de Season to Taste: How I Lost My Sense of Smell and Found My Way, qui retrouve, parfum après parfum, son odorat perdu à la suite d’un grave accident).

Qu’apprend-t-on et que (res)sent-on en regardant ce documentaire?

— Le nez est un fabuleux et merveilleux outil de désir et de séduction. Plusieurs scènes l’évoquent, plusieurs intervenants en parlent. Je me suis alors demandé si le réalisateur avait lui-même senti son film? Si oui, quelle serait son odeur? C’est d’ailleurs l’une des questions posée à l’astronaute canadien Chris Hadfield : que sent l’espace?

— Les mauvaises odeurs valent de l’or! L’ambre gris, très prisé en parfumerie, provient des excréments baleine (ou vomi, car on ignore encore par quel « trou » ça sort!) ; la truffe blanche d’Alba.

— Parfum, odeur, arôme, senteur, fragrance… autant de mots pour désigner ce que nous sentons mais qui n’englobent pas la même réalité. Dans le documentaire, les intéressés n’emploient pas les mêmes termes selon leur secteur d’expertise. Il aurait été intéressant de dire les différences.

— La difficulté, voire la gêne, de décrire les odeurs que l’on ressent et donc de traduire ses émotions. Mettre des mots sur de l’invisible reste un exercice difficile. Dans la salle, nombreux furent les sourires et les rires face aux visages concentrés, étonnés, déformés de certains protagonistes du documentaire face à la complexité ou à l’inattendu d’une odeur à décrire (d’autant plus que le réalisateur ne les rate pas en les cadrant très serré!). Les évocations pouvant être évanescentes ou terre à terre. Pourquoi cette gêne? Les odeurs nous intimident, nous surprennent, nous émeuvent. On devrait pourtant parvenir à se décoincer le nez comme on parvient parfois à se libérer de la parole!

POUR SENTIR PLUS LOIN

NEZ 101. Parce que le goût est à presque 90% le fait de notre odorat (par voie directe et par voie rétro-nasale)

  • Voie rétro-nasale = principe de rétro-olfaction = le « sentir en bouche ».
  • Les odeurs : ce qui passe directement par le nez (fumet, bouquet, parfum…).
  • Les arômes : ce sont les odeurs qui s’échappent d’un aliment ou d’un plat après mastication (milieu humide et chaud > salive + température de la bouche = environ 35°C) et qui remontent vers le nez par l’arrière de la bouche (= rétro-olfaction).
  • Un petit exercice pour mieux comprendre : on se bouche le nez! Quand le nez est bouché, on ne sent plus les arômes. L’olfaction normale (nez) et la rétro-olfaction (en bouche) n’ont pas lieu. L’odorat n’a alors aucune influence sur le goût. Lorsque le nez n’est pas bouché, on sent la nourriture avant même de la mettre en bouche, ce qui donne déjà une idée du goût. Il arrive que cette idée soit fausse et nous influence dans la perception du goût. Exemple : nez bouché > arôme de citron ne se sent plus car ces particules volatiles n’atteignent plus le nez > seules sont perçues les saveurs sucrée et acide du citron.
  • Nous mémorisons les odeurs grâce au contexte dans lequel elles ont été perçues. Chacun associe une odeur à un souvenir qui lui est personnel (le fameux critique culinaire Ego dans le film Ratatouille qui se retrouve immergé d’émotions)! Nous ne savons nommer les odeurs si ce n’est par leur source odorante. Le vocabulaire de l’olfaction s’appuie sur des analogies, des ressemblances. Cependant, les métiers de l’odeur (œnologue, parfumeur, aromaticien…) tentent d’utiliser une classification plus objective (floral, fruité, grillé…).

Le Nez de Kim Nguyen sortira en mars 2015 au Québec. D’ici là, une autre séance est prévue samedi 15 novembre à 18h30 au Cinéma du Parc.

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