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Le Semeur, graines du futur

Le Semeur_AffichePatrice Fortier, je me souviens l’avoir rencontré un samedi de novembre 2011, lors d’une vente de légumes à Montréal. Cette première rencontre me reste en bouche. Le goût de ses topinambours. Une variété que je ne connaissais pas. Incomparable. Puis, j’ai recroisé à quelques occasions ce semencier de Kamouraska, pas du tout tourné vers le passé mais bien vers le futur. Dès le début du documentaire que lui consacre la réalisatrice Julie Perron, Le Semeur, Patrice le précise : «Le processus de sélection est ce qui m’intéresse, pas le passé! C’est un bon argument marketing, c’est tout! Je suis intéressé par les semences anciennes du futur.»

Ce processus de sélection, Patrice l’interroge artistiquement : dans le cadre d’une exposition photographique montrant une série de carottes numérisées et placées sur un fond noir, ou encore lorsqu’il confectionne d’énormes boules-chevelures (façon coiffure afro) avec des angéliques séchées pour une performance éphémère appelée « folies de jardin ». Même si Patrice mêle art et agriculture (des pauses nécessaires qui lui permettent d’éviter une « écœurïte aiguë », par rapport au côté très terre à terre du travail), il n’est pas pour autant déconnecté de la réalité. Ses gestes posés quotidiennement sur une nature qu’il respecte amènent à des réflexions philosophico-sociétales :

Le contrôle de l’homme sur la nature. L’homme aime enrégimenter. Mais il faut les deux : des plantes libres et des plantes enrégimentées. Patrice pollinise à la main des fleurs de pâtisson, une variété rare de courge («Je leur mets des ceintures de chasteté!»)

Être à la bonne place. Si une plante demande trop de soins, qu’elle a beaucoup de mal à pousser, c’est qu’elle n’est pas dans son élément.

De l’art, quel que soit l’ouvrage. Ne pas avoir juste des graines à vendre. Faire le plus possible avec les plantes perçues comme des créatures. «Tu rêves quand tu jardines».

Le respect du temps. «Ces graines de pensée sauvage se récoltent avant midi. (…) Il m’aura fallu quatre ans avant de mettre sur le marché ce chou-navet.»

La mémoire des anciens. La culture amérindienne (le principe des trois sœurs, des plantes tutrices entre elles), le défrichage des buttes («Les Indiens du Dakota auraient fait ainsi.»), mais aussi la sympathique Rolande, véritable mémoire du village qui raconte l’histoire des fèves du Saint-Sacrement.

La vie commune. Des plantes qui poussent ensemble sans s’étouffer («Ça atteint l’équilibre! Cela me fait penser à mes parents!»), ou encore l’amarante qui va donner ses graines tandis que le cyclanthère du Pérou va donner ses fruits… une communauté au départ étrangère et qui au final parvient à vivre ensemble.

Le méconnu rejeté. «Ces nouveaux produits étaient là il y a deux cents ans! Le chervis, un légume-racine vivace, n’est plus à la mode depuis deux siècles! Personne n’en veut, car on ne connaît pas.»

Et puis il faut beaucoup d’observation, de patience et d’écoute. La réalisatrice laisse d’ailleurs aller son acteur-semencier. Peu de bavardage. Le Semeur donne envie de semer. Naturellement et avec respect.

PS : À noter, le Aucune plante n’a été maltraitée durant le tournage à la fin du générique!

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