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Le temps en cuisine

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Laisser le temps au temps. Crédit photo : S. Suraniti, harengs fumés (Fumoir d’Antan, Îles de la Madeleine)

En cuisine, le temps est multiple. Il y a le temps de la restauration, le temps de la semaine, le temps des lunchs, le temps du week-end, le temps des vacances… Mais quel que soit l’environnement, le cadre bâti, la formule, l’expérience ou la saison dans lesquels elle se pratique, la cuisine oscille principalement entre deux grands types de temporalité. Bipolaires. D’un côté, le temps de la cuisine nécessité. De l’autre, le temps de la cuisine plaisir.

Le temps de la cuisine nécessité est un temps compté, compressé, stressant, contraignant. C’est celui de la cuisine domestique quotidienne, mais aussi celui de la restauration (les rushs, les coups de feu). Quant au temps de la cuisine plaisir, il s’étire, trainasse, se prélasse et le temps fait souvent partie des ingrédients. Ce qui nous amène à une question fondamentale : le temps a-t-il un goût?

À ce propos, Caroline Champion qui aborde la question alimentaire sous différents angles (philosophique, sociologique, artistique… et dont j’apprécie beaucoup le travail depuis ses débuts) a planché sur le sujet. Pour cette exploratrice de saveurs qui déclare « Le temps a un goût et le goût c’est du temps », grosso modo, trois temps peuvent être retenus : le temps de la dégustation (éphémère > longueur en bouche), le temps de la production (longueur de préparation > longueur en bouche) – ces deux temps étant imbriqués dans le temps de l’histoire – et enfin, le temps de la mémoire (le plus fort en goût, ce qui est personnel, individuel, la fameuse madeleine de Proust). Mais revenons au temps de la cuisine.

Tandis que celui de la cuisine domestique s’est écourté, le temps consacré ou pris pour la cuisine hors foyer s’étale, s’épanouit. Les heures de services se font de plus en plus tardives, deviennent extensibles. D’ailleurs, les villes comme Montréal qui misent sur le tourisme gourmand travaillent ce filon temporel. Après le concept du nightlife (la vie nocturne), voici venu celui du nightdining (le repas nocturne). La possibilité de manger, en tout temps. La nuit s’inscrit alors dans la continuité de l’espace public du jour. Ce genre de conquête temporelle n’est pas nouveau. Par exemple, nos dimanches nord-américains ressemblent aux autres jours de la semaine. Occuper l’espace-temps dédié aux pauses ou aux temps d’arrêt. Et la vie nocturne, ça donne faim.

L’alimentation se plaque totalement sur la division du temps : elle ne peut plus guère exister, à l’extrême, que comme nécessité physiologique, réglée commodément par la restauration et les produits industriels modernes, ou comme forme de loisir à part entière. L’alimentation ne structure plus le temps, c’est le temps qui structure l’alimentation. Claude Fischler, L’Homnivore, 1990

Pour prendre son temps de références…

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1 commentaire

  • Reply Veena 22 mai 2017 at 9:41

    I am reading this blog for the first time and I found this short essay reflective and insightful. It approaches two elements we know well — food (cooking) and time — in an interesting, new way. I have not come across this kind of juxtaposition before. Brava et merci!

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